Les milléniaux devraient-ils investir ou s’occuper de leur dette?

Même si la dette est un mal nécessaire, elle peut aussi être un facteur stratégique d’accroissement des richesses

Neil Jonatan 4 octobre, 2019 | 9:37

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La dette est un mal nécessaire pour une majorité de milléniaux Canadiens, surtout quand il faut qu’ils terminent leurs études ou qu’ils se mettent un toit sur la tête. Tout le monde veut se désendetter aussitôt que possible. Mais le plus tôt n’est pas toujours le mieux. Dans les bonnes conditions, investir est une meilleure façon de s’enrichir que rembourser sa dette.

« Tout dépend de la personne. Si quelqu’un déteste vraiment la dette, eh bien qu’il y aille franchement et rembourse d’abord ce qu’il doit », dit Alim Dhanji, planificateur financier agréé (PFA) auprès d’Assante Financial Management à Vancouver. « Si votre dette vous coûte cinq pour cent, votre taux de rendement garanti est de cinq pour cent. On ne peut pas avoir un taux de rendement garanti sur le marché boursier. »

Ceux qui ont un intérêt élevé sur leur dette profiteront vraiment d’un remboursement de leur dette avant tout, selon Liz Schieck, PFA à la New School of Finance à Toronto. Si le consommateur est endetté ou s’il a une ardoise sur sa carte de crédit, le remboursement de cette somme est sa toute première priorité. L’intérêt en est vraiment élevé, il impacte ses flux de trésorerie et sa capacité d’épargne. La cote de crédit de l’intéressé peut aussi s’en ressentir pas mal », dit-elle.

Rembourser une dette de carte de crédit améliorera vos flux de trésorerie parce que cela fera baisser le minimum de vos paiements mensuels, ajoute Mme Schiek, et « si vous la remboursez et qu’un imprévu se présente, ce crédit est de nouveau accessible ».

Vaut-il la peine de songer à placer son argent quand les taux d’intérêt sur les emprunts sont bas et que les flux de trésorerie sont gérables? L’étape suivante consiste à déterminer sa tolérance personnelle au risque et les délais dont on dispose. Le Questionnaire Profil de tolérance au risque de Sun Life et le Questionnaire de l’investisseur de Vanguard sont des outils en ligne gratuits qui donnent à l’investisseur la possibilité d’évaluer s’ils sont gênés par le risque et à quel point.

Créez-vous une hypothèque

« Une hypothèque est une très grosse dette remboursable sur un délai très long », dit Cindy Marques, administratrice d’Advocis et PFA indépendante à Toronto. En même temps, commente-t-elle, « si on doit attendre trente ans avant de pouvoir même commencer à économiser, on rate de nombreuses occasions de faire fructifier des investissements éventuels ».

Les propriétaires ont la possibilité de gagner des rendements plus élevés sur leurs investissements que les taux qu’ils paient pour leurs dettes. Bien que cet écart puisse paraître attrayant, une hypothèque est une obligation importante, et il faut passer en revue plusieurs facteurs avant de décider où investir tant que l’hypothèque n’est pas remboursée.

Certains propriétaires ont l’intention d’acheter une deuxième propriété pour accroître leur capital, mais il leur faut suffisamment d’argent liquide pour procéder à l’achat. Si c’est là l’objectif et que « l’on concentre toute son énergie à rembourser une première hypothèque, économiser pour pouvoir verser ce premier acompte prendra une éternité », dit Mme Marques.

Selon Mme Schieck, le chemin le plus sûr pour les milléniaux affectés par l’économie de la pige est peut-être de donner la priorité au remboursement d’une hypothèque. D’après elle, les emplois à plein temps stables avec des avantages sociaux sont en train de perdre du terrain, alors que les contrats à la pige sans garantie de renouvellement sont en plein essor.

« Souvent, les gens sont préoccupés par la longévité de leur carrière et de leurs gains », ajoute Mme Schieck. Sans revenu fiable, « sans doute est-il préférable de rembourser l’hypothèque ou de s’acquitter de toute autre obligation financière aussi vite que possible pour pouvoir bénéficier d’une certaine souplesse si on ne gagne pas autant d’argent dans l’avenir ».

« Si je rembourse mon hypothèque, je dispose d’une ligne de crédit que je peux utiliser pour investir, dit M. Dhanji. Le taux de mon hypothèque est aux alentours de 3 pour cent. Je compte sur un portefeuille bien diversifié qui me rapportera de cinq à sept pour cent à long terme. Pour moi, ça tombe sous le sens. »

Remboursez le minimum d’un prêt étudiant

Celui qui peut supporter facilement la charge d’un prêt étudiant et n’a que cette dette-là a toute latitude pour commencer à investir, dit Mme Schiek. « Les prêts étudiants, notamment ceux qu’accorde le gouvernement, sont généralement fermés. Ils sont habituellement les derniers sur la liste des remboursements prioritaires parce qu’ils sont la plupart du temps à des taux plus faibles, et quand on les a remboursés, on ne peut plus accéder de nouveau à ce crédit.  

Selon Mme Schiek, « Il est beaucoup plus angoissant de rembourser un prêt étudiant parce qu’on ne peut plus en redemander, ça a l’air vraiment définitif. »

Pour les prêts étudiants dit M. Dhanji, le marché donne souvent l’impression de ne pas présenter un écart suffisant. Les diplômés paient un taux d’environ 5,5 % pour leur prêt (au mois de septembre 2019). Peut-être peuvent-ils gagner de cinq à sept avec un portefeuille de placement, dit-il. « J’ai habituellement tendance à rembourser ma dette pendant quelques années, puis à investir. »

Investir est le meilleur choix pour les milléniaux soucieux d’aller plus vite, dit Mme Marques. Si vous remboursez vos emprunts d’abord, votre crédit deviendra inaccessible. Investir d’abord libérera des capitaux pour verser un acompte et couvrir toutes les dépenses connexes.

Mettez l’accent sur la souplesse financière

Les milléniaux devraient travailler pour la réalisation de leurs objectifs financiers à long terme, mais souvent ils ne savent pas trop à quoi affecter des fonds, dit Mme Schieck.

Quand elle demande à ses clients quels sont leurs objectifs, ils mentionnent souvent qu’ils voudraient bien être propriétaires un jour, si cela est possible sur le marché de Toronto, ou retourner à leurs études, ou économiser pour la retraite. Mais par ailleurs, ce qu’elle entend souvent, c’est : « Je ne sais pas ».

Mme Schieck ajoute que, quand on ne sait pas trop dans quel but économiser, la meilleure réponse serait de rembourser sa dette et d’utiliser un compte libre d’impôt, ou CELI. Elle affirme qu’elle crée un plan qui offre la plus grande souplesse possible. « Je ne cesse de le dire : la souplesse financière est en soi un objectif financier. »      

 

À propos de l'auteur

Neil Jonatan

Neil Jonatan  Neil Jonatan est journaliste pigiste se spécialisant dans les questions financières visant les étudiants. Il est présentement inscrit au programme de journalisme de l'Université Ryerson à Toronto.