Les marchés font du funambulisme, selon cette gestionnaire

Mais Hilda Applbaum de Capital Group maintient que nous amorçons une longue période de croissance

Michael Ryval 7 November, 2019 | 9:16AM

Man walking on tightrope

Malgré les inquiétudes que nous entretenons sur la croissance mondiale et les tensions commerciales actuelles entre les États-Unis et la Chine, les marchés boursiers pourraient bien suivre une courbe haussière, et la gestionnaire Hilda Applbaum demeure optimiste, articulant sa sélection d’actions autour d’un processus ascendant.

Une croissance délicate
« Nous avons tous entendu dire que les marchés haussiers ne mouraient pas de vieillesse, mais ce que je dirais, c'est qu’ils sont probablement un peu plus fragiles », dit Mme Applbaum, gestionnaire de portefeuille aguerrie établie à San Francisco pour Capital Group Companies et gestionnaire principale du fonds à cinq étoiles Capital group Global Balanced (1,2 milliard $ d’actifs sous gestion). Ça a beaucoup à voir avec le fait que les évaluations commencent à être exagérées. Je vois bel et bien des perspectives intéressantes pour le marché des actions, mais l’analogie que j’utiliserais est celle du funambulisme : il existe un moyen sûr d’aller d’un point à un autre sans se casser la figure, mais un souffle de vent ou une mauvaise nouvelle suffisent pour qu’on tombe, alors qu’on ne craindrait à peu près rien sur la terre ferme. »

Née à New York et travaillant depuis 32 ans dans l’industrie, elle a rejoint les rangs de Capital group en 1995 après avoir été économiste pendant plusieurs années. Pour elle, il n’y a aucune raison pour que le marché ne continue pas à se comporter relativement bien. On peut récolter de bons rendements sans peine, dit-elle, quoique moins élevés que l’année dernière. « Si vous pensez que la performance des marchés, de 8 à 20 % en moyenne, dénote une année exceptionnelle, il est fort probable que l’année suivante ne sera pas aussi généreuse. Mais les marchés continuent à être positifs », dit Mme Applbaum.

Tensions commerciales et chaises musicales
La possibilité d’une propagation des tensions commerciales à d'autres pays que les États-Unis et la Chine est un souci, admet Mme Applbaum. Mais il y a aussi des incertitudes politiques qui se profilent à l’horizon avec toute une série d’élections prévues en 2020, notamment à Taïwan, en Indonésie, au Venezuela, et bien sûr aux États-Unis. « Avec des élections se présente la possibilité de nouveaux chefs et de perturbations diverses. Je n’ai aucun souci majeur. Mais l’incertitude règne dans le monde, qu’elle soit liée au marché ou au pays, ou causée par des tensions politiques ou des guerres. Pourtant, il n’y a pas à mon sens un seul facteur qui, par lui-même, puisse faire dérailler la poursuite de la croissance économique. »

D’un point de vue stratégique, Mme Applbaum admet que l’équipe est devenue un peu plus prudente, ayant fait monter la portion liquide du fonds à 9 %, alors que la pondération des actions et des obligations a quelque peu diminué.

Mme Applbaum souligne qu’en ce qui concerne les actions, son équipe de six personnes trouve des occasions dans une perspective ascendante. « Bien que nous soyons peut-être un peu plus prudents dans le positionnement de nos actions, nous trouvons avec grande joie des sociétés dans lesquelles investir à long terme, dit Mme Applbaum. Il est important de souligner que nous sommes encadrés par 50 analystes d’actions qui se livrent à une recherche ascendante, rencontrent sans cesse des dirigeants de sociétés, et connaissent ces sociétés depuis de nombreuses années. Ils finissent vraiment par en avoir une connaissance extrêmement détaillée. »

Mme Applbaum précise que le portefeuille est géré par deux gestionnaires de produits équilibrés et deux gestionnaires de fonds à revenu fixe, chacun d’entre eux s’occupant de son secteur propre.  « Au sein de chaque volet équilibré, nous prenons quelques décisions de répartition d’actifs, notamment la quantité d’actions, d’obligations et de liquidités à détenir. Cela contribue à fixer la répartition globale des actifs dans le fonds », dit Mme Applbaum, qui ajoute qu’en tant que gestionnaire principale, elle a le dernier mot sur la manière dont les actifs sont répartis. Du côté des actions, à part elle-même, il y a Paul Flynn, Anirudh Samsi et Tomonori Tani, alors que Thomas Høgh et Robert Neithart s’occupent du côté obligataire.

Les mises obligataires évitent les taux négatifs et les longues durées.
Au sein de la portion obligataire qui représente 34 % du fonds, les gestionnaires investissent le plus gros de la pondération des actions souveraines dans les pays développés, les États-Unis prenant la part du lion avec 19 % du portefeuille. « Nous nous plaisons à considérer cela comme une affectation en argent liquide et en obligations. Mais le fait que nous détenions actuellement un peu plus de liquide et un peu moins d’actions révèle que nous sommes un peu plus prudents. La raison en est en partie que dans certaines régions les taux d’intérêt sont négatifs », dit Mme Applbaum, se référant à des pays comme l’Allemagne et le Japon, qui font payer aux investisseurs le droit de conserver leurs obligations plutôt que de leur verser des intérêts. Les gestionnaires font également très attention à la durée, puisqu’elle est de quatre ans, alors que celle de l’indice Barclays Global Aggregate Bond est de six ans. Le fonds a un rendement courant de 2 % après les frais.

Au sein de la portion en actions de 57 %, la technologie est le plus gros secteur à 19 % de la pondération globale, suivie par les services financiers (17,2 %) et les soins de la santé (17 %). Du point de vue géographique, les États-Unis représentent 25 % du fonds, dont 20 % sont aussi investis en Europe et au Royaume-Uni, et 7 % dans les marchés émergents. « Que ce soit en Asie ou aux États-Unis, mais moins en Europe, la technologie a été le moteur de la croissance économique mondiale. Pas étonnant qu’elle soit aussi massivement représentée. »

La techno taïwanaise et la pharma européenne
Un des principaux noms dans un portefeuille d’une centaine d’actions est Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. Ltd. (2330), le plus gros fabricant mondial de cartes de circuits intégrés. Ce titre est dans le portefeuille depuis la création du fonds en août 2015. « Son évaluation est faible et son rendement en dividendes est bon, dans un espace qui continue à croître alors que le monde utilise les semiconducteurs et les circuits de façon croissante et qu’il se connecte de plus en plus », dit Mme Applbaum. « Cette société est celle qui a la plus grande part de marché dans la technologie de pointe, et celle qui a le plus de chances de bénéficier au maximum du passage à la téléphonie de cinquième génération. Elle se situe dans un secteur de croissance parce que nous utilisons beaucoup plus d'articles de sa fabrication. » L’action se négocie à environ 18 fois ses bénéfices prévisionnels et paie un rendement en dividendes de 3,7 %.

Un autre titre préféré est AstraZeneca PLC (AZN), une compagnie pharmaceutique britannique et suédoise. « C’est la bénéficiaire d’un redressement qui a pris plusieurs années. Nous avons rencontré la direction pour comprendre sa gamme de produits, les choses qui ont mal tourné dans le passé, les raisons pour lesquelles sa recherche et son développement se sont taris pendant pas mal d’années, et, plus important encore, la façon dont elle a procédé pour eenverser la situation, dit Mme Applbaum. Cela nous a éclairés quant au changement de philosophie qui a préludé au développement de ses nouveaux produits. Elle a désormais des médicaments de premier ordre dans le domaine oncologique qui en sont seulement aux premiers stades et qui pourraient rapporter beaucoup, et pendant longtemps. » L’action, qui verse un rendement en dividendes de 2,9 %, se négocie à 27 fois ses bénéfices de 2019.

Quant à la performance, le fonds a eu un rendement de 10,32 % pour l’année à ce jour (au 31 octobre), contre 10,22 % pour la catégorie Équilibrés mondiaux neutres. Toutefois, sur trois ans, il a affiché en moyenne 7,6 %, contre 4,94 % pour la moyenne de la catégorie.

Pour l’avenir, Mme Applbaum est convaincue que les rendements positifs vont durer, si l’on se place dans une perspective de cinq ou 10 ans. « Si vous pensez que ce marché n’a que trop duré, il vous faut un portefeuille équilibré d’actions et d’obligations », dit Mme Applbaum, notant que le fonds a aussi bénéficié d’une faible volatilité. « Et vous devriez opter pour un fonds qui a une relative tendance à la prudence, et pour quelqu’un qui a fait historiquement ses preuves. Il est clair que nous nuançons quelque peu la combinaison d’actifs, mais il nous faut au minimum 45 % d’actions. C’est prudent pour quelqu’un qui essaie de développer son capital aux stades précoces de la vie.              
         

Securities Mentioned in Article

Security NamePriceChange (%)Morningstar Rating
AstraZeneca PLC ADR50.80 USD0.00
Capital Group Global Balanced Canada F13.58 CAD0.01
Taiwan Semiconductor Manufacturing Co Ltd333.00 TWD0.00

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