Que les bénéfices dépassent les attentes ou ne soient pas à la hauteur, est-ce vraiment important?

Il faut être attentif aux résultats trimestriels, mais sans leur donner plus d’importance qu’ils ne le méritent.

Karen Wallace 30 July, 2021 | 5:00AM
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Confetti

Question : Les actions, c’est relativement nouveau pour moi. Quelle importance dois-je accorder aux rapports trimestriels sur les bénéfices?

Réponse : Faites attention aux résultats à court terme d’une société, mais placez-les sur une période plus longue.

En tant qu’actionnaire, on ne devrait pas s’attendre à ce que les bénéfices trimestriels suivent une certaine tendance sur le long terme, et on peut s’estimer satisfait si la société qu’on possède reste fixée sur cette trajectoire. Il est logique d’anticiper un certain éventail de résultats au sein de cette tendance, mais qui soit suffisamment large pour tenir compte de la volatilité dont on peut s’attendre dans ce secteur ou cette industrie.

Cela dit, il est aussi possible qu’une société affiche certains résultats trimestriels qui donnent à reconsidérer ses hypothèses d’origine. Par exemple, une société peut parfaitement manquer d’argent pendant quelques trimestres, et cela la conduira à contracter un emprunt onéreux pour financer ses opérations futures…

Les bénéfices publiés sont importants parce qu’ils alimentent nos vues à plus long terme, mais ils ne représentent qu’un point de données parmi d’autres. Voici d’autres facteurs qui devraient entrer en ligne de compte :

L’optique à court et à long terme

Imaginez deux joueurs de cartes. Le premier est concentré sur le court terme et sur la probabilité qu’une action surpassera les attentes de bénéfices trimestriels formulées par les analystes. Ce joueur pourra doubler sa mise si une société dépasse les prévisions, ou vendre rapidement si elle n’est pas à la hauteur.  

L’autre joueur est concentré sur ce que signifient ces résultats dans le contexte d’une tendance couvrant plusieurs années. Ce joueur a un gros avantage, mais le prix à payer pour bénéficier de cet avantage, c’est la patience, qui est une mise trop élevée pour la plupart des joueurs.

Alors que les rendements à court terme répondent à des facteurs aléatoires, les rendements à plus long terme sont fonction de facteurs plus prévisibles, comme le rendement en dividendes, la croissance des bénéfices et l’inflation. Comme on l’explique dans cette leçon interactive de Morningstar Investing Classroom intitulée « Le but d’une société », au cours de périodes plus courtes, il peut y avoir une déconnexion entre la performance d’une société et celle de son action, parce que le cours public d’une action dépend de la perception qu’a le marché de la valeur des profits que cette société peut générer dans l’avenir. Parfois, cette perception est en plein dans le mille, et parfois elle rate complètement le coche.

En revanche, sur des périodes plus longues, le marché a tendance à se corriger, et la performance d’une action à refléter celle de l’entreprise sous-jacente. Voilà pourquoi un investisseur à long terme a un avantage : les résultats à court terme sont sujets à conjectures, mais il est possible de prédire la performance financière d’une société si l’on étudie soigneusement des données fondamentales comme les résultats financiers précédents et les moteurs de la performance, les prévisions de la direction, les données de l’industrie, les taux d’imposition, les risques que confronte l’entreprise, ses avantages concurrentiels, etc.

Pourquoi rater le coche une fois n’est pas une raison pour s’inquiéter

Les rapports de bénéfices trimestriels peuvent être une indication du degré auquel une société s’aligne sur vos attentes à long terme, mais les investisseurs devraient savoir que cela ne se fera pas toujours de façon constante et régulière.

La vraie vie est pleine de hauts et de bas. On peut même avoir besoin de réajuster ses attentes à long terme après certaines nouvelles à court terme. Mais en l’absence de développements renversants, si une société n’atteint pas les résultats trimestriels escomptés, cela ne veut pas dire que ce soit le moment de jeter l’éponge.

Par exemple, même si une société déçoit beaucoup tout le monde, on peut essayer de voir ce que ça cache et d’y trouver des signes d’une bonne ou mauvaise gestion. De cette façon, si cette société rate le coche, cela peut révéler la manière dont la direction gère les choses qu’elle contrôle et réagit à celles qu’elle ne contrôle pas.

Parfois, un manque à gagner et la liquidation qui en résulte peuvent être l’occasion pour un investisseur à long terme astucieux de ramasser au rabais les actions délaissées de sociétés de qualité supérieure. Par exemple, comme l’a expliqué mon collègue Dave Sekera, les actions auxquelles le consommateur était personnellement attaché, comme celles des boutiques physiques de détail et des centres d’achats, de la restauration et des sociétés liées aux voyages, ont été très durement touchées au cours de la pandémie, en raison de restrictions sécuritaires et opérationnelles.

Nous avons pour notre part considéré cette liquidation comme étant excessive dans bien des cas : par exemple, l’été dernier, nous avions prédit qu’avec un retour à la normale de l’économie, les activités de voyages, de restauration et de vente au détail reprendraient du poil de la bête. Et c’est un fait : les restaurants, les compagnies aériennes et les magasins de détail ont fortement rebondi sur les 12 derniers mois mobiles. Au milieu de 2021, l’univers que nous couvrons est surévalué, et il ne reste que quelques poches où l’on puisse faire de bonnes affaires.

Quand réévaluer sa thèse

Un seul rapport sur les bénéfices ne suffit pas pour abandonner une société dans laquelle on croit vraiment. Toutefois, il est possible qu’un mauvais rapport sur les bénéfices soit le signe avant-coureur d’une détérioration de ses données fondamentales.

Il convient de porter un jugement en fonction de ses attentes à long terme et d’évaluer la compétitivité d’une société et ses perspectives de croissance au sein de l’industrie dans laquelle elle évolue. Parfois, les choses changent, et il faut incorporer de nouvelles informations à sa thèse.

Par exemple, en 2020, l’analyste principal d’actions Jaime Katz a rétrogradé la Cote de bastille économique Morningstar de Carnival (CCL) de modérée à nulle. En sa qualité de plus grand organisateur de croisières au monde, Carnival a historiquement bénéficié de l’actif incorporel de sa marque, de son avantage de coût et de son échelle d’efficience pour justifier l’obtention d’une cote de bastille économique. Toutefois, selon M. Katz, ces facteurs ont été largement dégradés.

Non seulement les voyages mondiaux ont décliné en raison du coronavirus, mais la pandémie peut aussi laisser des effets négatifs sur Carnival, comme une pression sur les prix, des difficultés opérationnelles et des changements de comportement à long terme d’un consommateur qui a délaissé les croisières. M. Katz pense que ces craintes devraient conduire à des rendements moyens du capital investi inférieurs à l’estimation du coût moyen pondéré du capital jusqu’en 2028, et justifier une cote de bastille économique nulle.

Toutes choses considérées

Une suggestion maintes fois répétée est de noter les raisons pour lesquelles on a acheté chaque action de son portefeuille, et la thèse que l’on a adoptée pour continuer à la détenir. Bien que cela puisse paraître ridiculement simple, j’ai entendu ce conseil dans la bouche de nombre d’investisseurs, de conseillers, et même de spécialistes de la gestion de capitaux.

Nous sommes des êtres humains d’abord, et des investisseurs ensuite; nous pouvons nous laisser impressionner par les mauvaises nouvelles et être tentés de jeter l’éponge même quand notre thèse originale est justifiée. Ou alors, nous pouvons nous attacher à des placements qui ne répondent plus aux attentes à long terme que nous entretenions à leur égard, peut-être parce que notre interprétation des nouvelles données est brouillée par un préjugé de confirmation. Pouvoir vérifier pourquoi on a acheté une action au départ et avec quelles attentes peut contribuer à évaluer objectivement les rapports sur les bénéfices dans une optique à long terme.                  

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Carnival Corp24.73 USD4.72Rating

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Karen Wallace

Karen Wallace  Karen Wallace, CFP® est directrice de la formation à destination des investisseurs de Morningstar.com.

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